La fête du Solstice d’été dans le druidisme s’appelle Alban Hefin, qui signifie « La Lumière du Rivage ». Le Druidisme a un grand respect et une vénération particulière pour les moments charnières qui séparent les mondes. Le rivage symbolise justement un de ces espaces intermédiaires, à la fois de séparation et de rencontre entre les trois royaumes de la Terre, de la Mer et du Ciel. Un grand pouvoir est attribué à des lieux tels que celui-ci.

C’est le moment où la lumière du jour est la plus grande, où le dieu Soleil est reconnu par la Déesse comme le Roi de l’Eté. Ce qui entraîne parallèlement une certaine tristesse car à partir de ce moment jusqu’à Alban Arthan, la puissance du soleil va aller en diminuant et l’on entre alors dans la partie déclinante de l’année. Pour certains c’est le début de l’époque du Jumeau Noir ou Roi-Houx qui vient de naître et qui verra l’apogée de son règne à Alban Arthan.

Parmi toutes les fêtes c’est celle d’Alban Hefin qui semble la plus représentative du druidisme. Les personnages iconiques en robes blanches filmés lors des rituels célébrés à l’aurore à Stonehenge lui sont associés. Pourtant pour les druides il s’agit plus largement de célébrer les tournants des saisons et le cycle de la vie, de la mort et de la renaissance –représentés dans leur intégralité par la Roue de l’Année.  

Le Solstice d’été est le moment où la lumière du jour est à son maximum et où la nature nous offre la pleine magnificence de ses couleurs et de ses parfums. Dans la tradition druidique c’est le moment d’Alban Hefin qui signifie « Lumière de l’Eté » ou « Lumière du Rivage ». 

A Alban Hefin la spirale de l’année a atteint le but ultime de sa course et les jours y sont alors les plus longs. Après le 21 ou le 22 juin, la puissance du soleil commence à décliner et les jours commencent à raccourcir. Le soleil a atteint le point le plus au nord sur l’horizon et se prépare à entamer une longue redescente vers le sud pour aboutir au Solstice d’hiver, Alban Arthan, situé à la mi-décembre dans l’hémisphère nord. Dans l’hémisphère sud, le Solstice d’été tombe le 21 ou le 22 décembre, lorsque le soleil atteint le point le plus au sud sur l’horizon.

Le Solstice d’été était un événement majeur pour les Proto-druides de la fin de l’âge de la pierre, qui édifièrent de magnifiques alignements de mégalithes, situés dans l’axe du lever du soleil à ce moment précis. Dans le sud-ouest de l’Angleterre, la tradition fait remonter ces pratiques rituelles à l’époque du temple de Stonehenge -il y a près de 5000 ans- et les fait perdurer au travers des âges du bronze et du fer jusqu’à notre époque moderne. De nos jours, nombre d’ordre druidiques, dont l’Ordre des Bardes Ovates et Druides, ne manquent pas de s’y réunir pour vénérer les premiers rayons du soleil atteignant les pierres sacrées à ce moment précis.

Un autre temple de pierre remarquable consacré au Solstice d’été est celui de Callanish, sur l’ile de Lewis, dans les Hébrides Extérieures. Là, quatre rangées de pierres, dressées dans les quatre directions à partir d’un cercle central, dessinent une croix celtique dans le paysage, et forment un observatoire astronomique aligné sur les levants et les couchants du soleil lors des solstices comme sur ceux des équinoxes.  Et Callanish est situé si loin au nord qu’il n’y a pas de nuit du tout lors du solstice d’été.

C’est aussi le cas d’un autre magnifique et mystérieux cercle de pierre, celui de Brodgar, dans les Orcades, dénommé pendant des siècles par les habitants le Temple du Soleil et aligné lui aussi sur le lever du soleil au solstice d’été.

En Cornouailles et au Pays de Galles, garçons et filles, parés de couronnes de fleurs, venaient danser en rond autour de grands feux. De jeunes hommes faisaient tournoyer des brandons enflammées autour de leurs têtes pour former des cercles de feu rappelant le soleil et maintenaient en équilibre des tonneaux en feu suspendus au sommet de perches, ou bien se livraient à des démonstrations d’exploits comme de sauter à travers de grandes flammes—peut-être pour encourager le blé à pousser plus haut lui aussi. Quand les flammes n’étaient plus que des charbons rougeoyant, les danseurs se tenaient par la main et sautaient par-dessus en prenant soin de ne pas rompre la chaine, ce qui aurait porté malchance.  Les cendres ayant alors acquis des pouvoirs magiques, les fermiers les ramassaient précautionneusement avant de les répandre autour de leurs champs et de leurs étables.  Ces anciennes coutumes du feu perdurèrent jusqu’aux époques modernes et se retrouvent encore pratiquée aujourd’hui en Cornouailles, grâce aux efforts notables de la Société de l’Ancienne Cornouailles dédiées à la préservation des coutumes traditionnelles. Le soir de la Saint-Jean, chaque sommet de Cornouailles s’embrase, chacun comme une balise lumineuse pouvant être aperçue à plusieurs kilomètres à la ronde, comme cela se déroulait dans les temps reculés, pendant que dans les villes des farandoles de danseurs serpentent en spirale dans les rues pour rappeler l’ancienne danse traditionnelle.

Cette même nuit dans le comté de Limerick, en Irlande, les gens montaient en procession sur la colline de la Reine Fée Aine, dont le nom signifie « Lumière », et qui fut probablement une déesse reliée à l’aspect féminin du soleil. Ils mettaient le feu à des gerbes de paille et de foin nommées cliars qu’ils agitaient sur les champs et le bétail pour assurer de bonnes récoltes et une bonne santé aux animaux. Quand le sommet de la colline était entièrement embrasé, Aine et sa tribu de fées sortait alors pour se joindre à la fête.

Le Solstice d’été était une des trois nuits spirituelles de l’année, les deux autres étant Beltaine et Samhain. Le voile séparant les mondes devenant extrêmement fin à cette occasion, les fées et les fantômes quittaient leur territoire, se rendant alors facilement visibles de tous ceux doués de sensibilités et de réceptivités.

C’était le bon moment pour la cueillette des plantes magiques et médicinales. Les graines de fougère ramassées la veille du solstice d’été pouvaient rendre invisible, les baies de sureau éloignaient les mauvais sorts, tandis qu’orpin, verveine et achillée mille-feuille étaient suspendus dans des endroits particuliers autour de la maison pour protéger du mauvais œil et de la mort.

Par-dessus tout, c’était le moment la cueillette du millepertuis, avec ses fleurs en forme d’étoile dorée, et qui était la principale à être récoltée le soir de la Saint-Jean. Appelée la « plante bénie » dans le pays de Galles, elle était réputée partout dans les pays celtiques pour apporter la paix et la prospérité dans la maison, la santé aux animaux et une récolte abondante. Elle était jetée dans les brasiers allumés lors du solstice en Ecosse et était suspendue au-dessus des portes des maisons et des bâtiments de ferme pour ses pouvoirs de protection. Car ces plantes magiques étaient alors chargées de l’énergie du soleil parvenu à son maximum, devenant alors une véritable bénédiction pour le règne humain. 

Traduction Véronique Mirande

 

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