Éthique & Valeurs dans le Druidisme II

En tant que tradition spirituelle basée sur la vénération envers et sur la relation avec les puissances de la nature, le Druidisme nous enseigne par-dessus tout d’honorer la vie…  L’éthique druidique se fonde sur le rejet de l’ignorance et la création respectueuse de relations profondes et sacrées.  La mort du Dogme est la naissance de la moralité.
Emma Restall Orr, Druidry and Ethical Choice

 

L’auteur classique Strabon a écrit que les Druides étudiaient la “philosophie morale”.  L’auteur Brendan Myers en conclut que le premier principe moral des Druides de l’Antiquité était un dévouement envers la vérité.  Dans le Testament de Morann, document qu’on fait remonter à la période comprise entre les 7° et 9° siècles, mais qui semble issu de la période druidique pré-chrétienne, sont livré des conseils quant à la manière dont un prince doit régner ;

Qu’il magnifie la Vérité, celle-ci le magnifiera
Qu’il renforce la Vérité, celle-ci le renforcera.
…À travers la Vérité du souverain, des mortalités massives sont détournées des hommes.
… À travers la Vérité du souverain, la terre entière porte ses fruits et les naissances sont louables.
À travers la Vérité du souverain, le blé grandit en abondance.

On rapporte que St. Patrick aurait demandé à Oisin, fils de Fionn MacCumhall, ce qui soutenait son peuple avant l’avenu du Christianisme, auquel il répliquait : “la vérité qui était dans nos cœurs, et la force dans nos bras, et l’honneur dans nos langues.”  Myers conclut : “Il est intéressant qu’il ait cité la vérité en premier, comme si la vérité occupait une place prépondérante dans la culture.  Cette évidence me porte à croire que le principe moral premier du Druidisme est ceci : dans une situation où une décision morale doit être prise, nous devons toujours choisir la vérité, dans l’extension et l’enrichissement des connaissances humaines, dans nous-mêmes et chez les autres, et à tous les niveaux de notre être.

En dernière analyse, cependant, Myers suggère qu’il se peut que les Druides n’aient pas adhéré à des règles spécifiques et à des autorités pour déterminer une conduite éthiques convenable.  À la place, il les visualise en train de s’évertuer à devenir une certaine sorte de personne de qui un comportement éthique ressort tout naturellement.

Athelia Nihtscada aussi a recours à la matière source irlandaise afin d’explorer l’éthique druidique.  Les anciennes lois de Bréhon, qui furent mises par écrit au 5° siècle CE par des clercs chrétiens, remontent dans le temps au-delà du Christianisme et livrent une perception fascinante quant à la société irlandaise ancienne.  En étudiant ces lois et essayant de voir comment elles pourraient être applicables à notre vie actuelle, Nihtscada a formulé onze principes ou codes de conduite pour le druide d’aujourd’hui :

  1. Chaque action donne lieu à une conséquence, laquelle doit être observée, et il vous faut être prêt à compenser pour vos actions au cas échéant.

  2. Toute vie est sacrée, et tous ont la responsabilité de faire en sorte que ce standard soit respecté.

  3. Vous vivez toujours au sein d’une société et êtes sujet au règles de celle-ci.

  4. Travaillez en maintenant des standards rigoureux.

  5. Gagnez votre vie honnêtement.

  6. Soyez un bon hôte ainsi qu’un bon invité.

  7. Prenez bon soin de vous-même. (La bonne santé était fort prisée parmi les Celtes, à tel point qu’une personne pouvait se voir imposer une amende si elle était très obèse par négligence.)

  8. Servez votre communauté.

  9. Maintenez un équilibre sain entre le spirituel et le mondain.
    (Nihtscad écrit : ‘Les Druides éthiques et qui se respectaient ne faisaient rien sans être convenabelement formés ou conscients des conséquences au préalable. Ils savaient quel moment était approprié pour se rendre dans l’Autre Monde et de s’immerger dans le spirituel, tout comme celui où il convenait d’être pleinement dans ce monde.’)

  10. Défendez la Vérité, en commençant par vous-même.

  11. Soyez certain dans vos convictions, surtout lorsque vous jugez ou accusez quelqu’un, mais aussi dans un débat. Posez-vous la question : êtes-vous vraiment certain ? Savez-vous vraiment que tel est le cas ?

Mis à part les travaux de Myers et de Nihtscad, peu de choses ont été écrits au sujet de l’éthique dans le Druidisme contemporain puisque la plupart des Druides tiennent fortement à éviter les problèmes susceptibles de surgir lorsqu’on dicte une moralité à autrui. Tant de souffrances ont résulté au cours de l’histoire parce qu’un groupe de personnes a décidé de faire une chose et mauvaise de faire autre-chose.  Et tout autant, la plupart des druides ont évité de dicter le genre de théologie que quelqu’un devrait adopter, et aussi ont évité de se dire les uns aux autres, ou au monde, comment on doit se comporter.

Ceci dit, la plupart des Druides possèdent un sens fort développé du comportement éthique, lequel est généralement implicite dans leurs actions plutôt qu’être exprimé explicitement par eux.  Une personne ne peut agir de façon éthique que si elles sont attachées à certaines valeurs, et en discutant de ces valeurs, nous pouvons éviter le piège de suggérer des principes éthiques qui alors peuvent si aisément se muer en dogme qui condamne ceux qui ne s’y conforment pas.  Au lieu d’imposer aux gens un code de conduite, nous pouvons en revenir à la suggestion de Myers de mettre en pratique un Druidisme qui nous aide à devenir un certain type de personne de qui un comportement éthique découle tout naturellement.

Le Druidisme demande de nous, par-dessus tout, de nous ouvrir à l’inspiration et à la beauté de la Nature et de l’Art, de par son amour de la créativité.  En puisant une nourriture du contact avec le monde naturel et avec l’art dans toutes ses formes, en en nous en tenant aux croyances fondamentales du druidisme, les qualités suivantes émergent tout naturellement en tant que valeurs susceptibles de constituer la base de décisions et d’un comportement éthiques.

Prendre la responsabilité et se sentir autorisé

Il est facile de se considérer une victime dans la vie – un minuscule rouage dans une machine, vaste et impersonnel mu par d’autres à des fins économiques et politiques.  Mais en se cramponnant à la croyance que tout est relié, qu’une réalité autre existe par-delà du monde physique de tous les jours, et que tout ce que nous pensons, ressentons ou faisons produit un effet, le Druide réussit à adopter une attitude de responsabilité, et à se sentir à même d’être de valeur dans la monde.  Comme nous tous, ils se sentiront parfois la victime d’autrui ou des circonstances.  Quoi que ce sentiment puisse aller et venir, le sentiment qui prédomine sera que chacun de nous est un être causal qui existe au sein d’une toile de vie qui unit toutes les créatures vivantes.  Ceci signifie que chacun de nous peut choisir d’agir en tant que force pour le bien dans le monde.

Le Druide aura tendance de considérer une grande part des problèmes du monde comme issus d’un refus de prendre la responsabilité et d’agir pour le plus grand bien de tout.  En évitant de prendre responsabilité pour la dégradation de l’environnement, par exemple, ils considèrent que les politiciens et les corporations n’agissent pas pour le plus grand bien, mais simplement pour des gains et des profits à court terme. De nombreux systèmes politiques et une majorité des corporations n’encouragent pas la prise de responsabilité personnelle ni la valeur de l’autonomisation personnelle.  Au contraire, il leur faut de la consommation et de la conformité.  Le Druidisme, lui, encourage la prise de responsabilité personnelle – d’abord dans nos propres vies, puis de concert avec d’autres pour notre communauté, et pour les problèmes plus élargis qui pèsent sur la communauté de toute vie.

Accepter la responsabilité pour nos propres pensées, sentiments et actions conduit à agir auprès d’autrui de façon responsable, et le monde a besoin, maintenant plus que jamais, de personnes responsables.

Le cercle de tous les êtres

L’urbanisation accrue, des populations croissantes, la commercialisation de la culture, le développement du consumérisme et de la globalisation, tous ont eu tendance à miner notre sentiment de vivre en communauté – auprès des êtres humains nos congénères, auprès des animaux et de la terre.  Bien des gens se sentent attirés au Druidisme parce qu’il les remet au contact avec le “cercle de tous les Êtres”.  De par son attitude de révérence vis-à-vis de la Nature, par sa foi vis-à-vis du caractère sacré des toutes les créatures, et par sa croyance vis-à-vis de la relation holistique entre toutes choses, le Druidisme encourage la valeur de communauté – de relation avec autrui.

Il y aura des moments où nous aurons besoin de solitude, et comme toutes les voies de spiritualité, le Druidisme reconnaît le besoin que nous avons de retraites, quand nous relâchons nos préoccupations avec autrui et nous focalisons, au contraire, sur notre quête personnel à nous ou sur la Déité.  Mais le Druidisme n’est pas un chemin qui prône un détachement permanent vis-à-vis des autres ou du monde.  Au contraire, il encourage un engagement proactif et enthousiaste, rempli d’Awen, par rapport aux autres et au monde, considérant la vie sur terre comme rempli de sens et d’objectifs – comme une aventure à aborder plutôt qu’une prison dont nous devrions nous échapper, ou un pont que nous devrions franchir tout simplement.

Il y aura des périodes où le Druide se sentira seul, isolé, voire aliéné des autres.  Alors que ce sentiment peur aller et venir, tenir ferme à la valeur de la communauté leur permettra d’en revenir vers un socle de sentiment et de foi dans lequel ils font partie d’une famille unie – la toile de la vie, le cercle de tous les êtres.

La puissance de la confiance

En arriver à valoriser la communauté et à être en relation avec le cercle de tous les Êtres ressort de la simple observation de la Nature, et la manière dont toutes les choses sont interconnectées.

D’une manière similaire, contempler le courant d’une rivière nous ramène à la valeur de la confiance.  C’est une expérience répandue parmi ceux qui sont conscients de la dimension spirituelle de se rendre compte que lorsqu’ils font confiance à la vie ils trouvent qu’ils s’intègrent plus aisément à un “flux” qui emporte leur vie avec une qualité de légèreté, de joie et d’absence d’effort qui maintient aussi leur alignement avec leur but spirituel.  Il arrive, bien sur, que la confiance cèdera à son opposé – la méfiance, la crainte – mais en si l’on croit que la vie est fondamentalement bonne, que l’existence est dotée de sens et d’un but, celui en quête de la spiritualité le trouve de plus en plus aisé de réintégrer une position de confiance.

En affirmant la valeur de la confiance, et en revenant sans cesse à cette position, quels que soient les revers qui puissent se présenter, notre vie – les décisions que nous prenons, les relations que nous  formons – commence à se construire sur la confiance plutôt que sur la crainte : sur l’obligation de se conformer, de maintenir un statut, ou de nous protéger, par exemple.

La compréhension magique du Druidisme selon laquelle notre état influe sur le monde qui nous entoure nous fait comprendre que, au fur et à mesure que nous nous relions à la valeur de la confiance à la vie, cette confiance commencera à rayonner, et, à son tour, nous attirera la confiance d’autrui, mettant en place un cycle bénéfique.

Intégrité

Quoique le terme “intégrité” s’emploie souvent pour signifier “la qualité de posséder et d’adhérer sans faille à des principes moraux et à des standards professionnels élevés”, son sens plus profond est défini dans le dictionnaire comme “l’état d’être complet et sans division.  L’État d’être sain ou sans dommages”  Avant qu’une mission ne soit lancée vers l’espace, par exemple, l’intégrité du vaisseau spatial est vérifiée à de très nombreuses reprises.

Utilisé dans ce sens plus profond, l’intégrité devient une valeur ou une qualité recherchée par les Druides, tout comme elle recherchée par tout chercheur spirituel.  Le voyage spirituel commence pour nous lorsque nous avons l’impression qu’il nous manque quelque-chose.  Nous nous sentons incomplets, et aussi commençons-nous aspirer à nous rapprocher de la divinité, de l’illumination, de l’intégrité.  Plus loin sur le chemin nous découvrons que ces réalités existent en nous-mêmes, et que ce n’est que notre esprit qui croit que nous en sommes séparés.  Peu à peu, moyennant la méditation et la pratique spirituelle, nous nous ouvrons à une prise de conscience de notre complétude, notre plénitude.  Nous trouvons l’intégrité.  Et de ce lieu d’intégrité il nous devient possible d’agir avec authenticité – ne plus essayer d’être quelqu’un d’autre que ce que nous sommes tout simplement.

Encore une fois, comme avec toutes ces qualités, il y aura des moments où nous perdons notre sens d’intégrité, quand nous nous sentons désespérément incomplets ou divisés, et quand nous agissons, non pas honnêtement et selon nos sentiments les plus profonds, mais de manière non-authentique, mus par la peur ou l’incompréhension. Mais une des avantages de poursuivre une voie spirituelle réside dans le fait qu’elle nous rappelle gentiment sans cesse à l’ordre, en nous offrant des disciplines particulières qui nous assistent à en revenir sans cesse à une contemplation de ces valeurs fondamentales.

La Valeur du contraire

Il est important de comprendre, cependant, que le positionnement holistique du Druidisme ne nie pas la valeur ni le but d’éprouver l’absence ou l’opposé d’une quelconque de ces valeurs. La profondeur de notre humanité provient justement de ce que nous éprouvons les contrastes de la vie : sans l’expérience de la tristesse, nous ne serions pas capables d’apprécier le bonheur ; la maturité de caractère et de l’âme semblent nécessiter une certaine mesure de souffrance, et il nous faut éprouver le sentiment et les effets de l’irresponsabilité, de l’aliénation, de désautonomisation, de peur et d’absence d’intégrité pour pouvoir devenir des êtres humains complets.

En fin de compte, des valeurs et des principes tels que ceux cités ici, de même que d’autres qui leur sont connexes ou s’écoulent d’eux – tels que l’honneur, le courage et le respect – peuvent constituer la base à partir de laquelle des décisions éthiques et morales peuvent être prises.  Plutôt que d’assimiler un code moral développé il y a peut-être des siècles par une élite religieuse ou politique, nous pouvons développer un fort sens individuel de moralité et d’éthique né de notre propre rapport interne vis-à-vis de ces valeurs.  Blaise Pascal a résumé succinctement, dans la triade qui suit, les ingrédients qu’il nous faut pour développer cette moralité, lorsqu’il déclara tout simplement “Cœur, instinct,principes.”

Être utiles aux autres et au monde

Le Druidisme ne nous encourage pas de nous focaliser exclusivement sur notre propre développement.  Les Druides se préoccupent passionnément de l’état du monde – de la souffrance d’humains et d’animaux, et de notre Mère la Terre.  La croyance entretenue par de nombreux Druides quant à l’importance de la Paix influence les actions profondément, et une majorité de Druides sont impliqués dans la protection de l’environnement. Certains se contentent simplement de contribuer à Greenpeace ou  aux WWF ; d’autres peuvent s’investir plus activement à tenter de protéger des espèces ou des habitats.  Une majorité apportera leur appui à des projets de plantation des arbres et de reforestation.

Au cours des derniers quinze ans, des douzaines de bois sacrés ont été plantés de par le monde.  Un exemple d’une initiative pour soutenir une espèce animal est visible à monarchbear.org

La maxime “penser global, agir local” a été prise à cœur par de nombreux Druides, qui s’impliquent dans des initiatives de communautés locales dans le but de protéger et d’améliorer l’environnement, et le Order of Bards Ovates & Druids promue un Campaign for Ecological Responsibility (campagne pour la responsabilité écologique).

Même quand les Druides font un travail sur eux-mêmes, ils croient qu’ils aident directement ceux qu iles entourent.  Au fur et à mesure qu’ils développent leur humanité – leur sagesse et compassion –et qu’ils cultivent des qualités d’âme et de caractère, leur relation vis-à-vis du monde se modifie : ils espèrent devenir des forces de bien dans un monde qui a souvent besoin d’être guéri.

Extraits de What do Druids Believe? par Philip Carr-Gomm, Granta 2006

Traduction Jody Mohammadioun